Le hasard du calendrier
Samedi 3 octobre. La température extérieure est exquise et le soleil nous gratifie de doux rayons automnaux. J’ai envie d’en profiter en terrasse, mais personne ne répond à mes invitations lancées au hasard. Qu’à cela ne tienne. Mon fidèle destrier m’emporte vers la grand-place de Huy où je fais une escale à l’Ours à Lunettes. La semaine dernière, j’ai voulu acheter le livre d’Isabelle, mais la livraison avait été retardée.
Si, señora !
Isabelle, elle vient baragouiner espagnol avec le groupe de la table de conversation chez Muzette. Comme moi, elle est plus à l’aise en anglais, mais n’a pas peur de lancer de mots en o et en a. Nous nous sommes découvert une passion commune, l’écriture. Depuis des mois, elle parle de son roman, d’une femme archéologue, de la préhistoire. De ses voyages pour le rendre plus authentique, de ses rencontres pour qu’il soit crédible. Une passionnée. En tant qu’autrice, je sais comme il est difficile de vendre des livres quand on n’a pas un nom connu, pourtant gage d’aucune qualité dans le récit. Alors, je suis heureuse d’augmenter le nombre de ses ventes et de la soutenir.
Moi ? Adepte de slow reading ?
L’ouvrage dans ma sacoche rouge à fleurs blanches, j’emprunte la petite rue pavée de chez Muzette. Après une papote avec Justine, puis une artiste et une dame qui sous-estime ses talents, je me suis dirigée à l’étage, capuccino à la main. La terrasse est déserte, idéal pour lire. Le prologue à peine achevé, l’espace est envahi par un groupe de « slow reading », me semble-t-il comprendre. Je ne peux m’empêcher de penser à mon bouquin du matin. Persuadée de ne pas être une lectrice, je l’ai refermé après vingt pages, ingurgitées dans la douleur. Ce serait ça, le slow reading ? Un truc pour les gens qui ont envie de lire, mais qui reposent le bouquin rapidement, à défaut de se passionner pour le texte. Quelle dose de courage me faudra-t-il pour arriver au bout du livre d’Isabelle ? Je songe à changer de table, mais un phénomène étrange est déjà en train d’opérer en moi.
En pleine exploration
Je ramasse la mousse de lait d’amande au fond de ma tasse et replonge dans « L’écriture souterraine » d’Isabelle. Les voix autour de moi s’estompent, je suis happée par l’histoire. Malheureusement, le soleil n’arrive pas sur la terrasse et le coussin est peu accueillant pour mon popotin. Je prends congé et pédale jusqu’à mon banc préféré, baigné de lumière.
Il n’y a sans doute que moi pour aimer lire sur une esplanade entourée de pierres tombales, mais finalement, n’est-ce pas l’endroit idéal pour dévorer les premières années de la vie d’une archéologue ?
Hasard du calendrier, je n’ai rien de spécial à faire. Les astres sont alignés pour que je puisse plonger dans la vie de Niki et refermer cette pépite en moins de 24 h. Ma carrière de slow reader vient de voler en éclats. Des livres, j’en lis (parfois), j’en écoute (beaucoup), mais peu me bouleversent. Isabelle m’a d’abord ébranlée avec sa plume, son style et ensuite par l’humanité qui transpire des personnages. Tout comme l’archéologue déterre ses trouvailles grain de poussière par grain de poussière à coups de pinceaux, Niki se révèle au lecteur tout au long du roman. Elle nous dévoile toutes les facettes de sa personnalité, ses doutes, sa fragilité jusqu’à nous donner le sentiment de partager son intimité.
Si on revenait au calendrier ?
Maintenant, je n’ai qu’une seule hâte, rencontre Isabelle le 24 octobre à 17 h, chez Muzette pour connaître l’histoire de ce roman lumineux, bien que sur fond de grottes, de terre et de poussière. Si comme moi, vous n’avez pas envie d’attendre, vous pouvez commander ce livre aux éditions « Le lys bleu ».

